Invité d’honneur : Antoine Barraud

“Mentir, ça se fait à deux. Lorsqu’un mensonge s’installe, c’est qu’on lui laisse de la place pour s’installer.” Antoine Barraud

Antoine Barraud réalise Monstre, son premier court métrage, en 2004 : l’histoire d’un jeune homme — interprété par le cinéaste — en proie à un mal intérieur, caché à la vue de son entourage avant qu’il ne devienne une métamorphose physique. Cet “autoportrait” horrifique sera le coup d’envoi d’une filmographie à la croisée du journal filmé, du thriller psychologique, du film fantastique, du documentaire ou du cinéma expérimental, autant d’appellations génériques qui se contaminent ici pour éclore en plus d’une vingtaine de courts et longs métrages. Le Festival Henri Langlois en présente cette année quatre d’entre eux.

“Monstre”, c’est aussi le nom qu’aurait pu porter son second long métrage, Le Dos rouge. Bertrand Bonello, en presque-double de lui-même, y campe un cinéaste en préparation de son prochain film, à la recherche d’une figure monstrueuse qu’il traque de tableau en tableau dans les musées parisiens. Alors qu’il s’enfonce dans ses obsessions picturales, une tâche rouge grandit secrètement au bas de son dos, comme la manifestation physique de ses remous intérieurs.

Grand orchestrateur du secret, ici se recoupent plusieurs des topoï d’Antoine Barraud : vies doubles, illusions savamment construites, identités vertigineuses, comme celle de Nathalie Boutefeu dans Les Gouffres, où un espace souterrain agit comme un miroir des zones obscures de l’esprit. Avec Madeleine Collins, il parachève une logique du mensonge comme matière même du film, entretenant avec le spectateur un jeu d’illusions, de croyances et de zones d’ombres. C’est que son cinéma est, précisément, un jeu avec le cinéma, nourri des présences de Brady Corbet (Son of a Gun), Mathieu Amalric, Bertrand Bonello, Nadav Lapid, mais aussi des figures tutélaires de Kenneth Anger, Shuji Terayama et Koji Wakamatsu, auxquels il a consacré des portraits filmés. Surtout, une œuvre éclectique — qui doit autant à l’opéra qu’aux films de monstres — attentive à l’invention de formes en évolution permanentes, révélant ses manques à un spectateur auquel il incomberait de les compléter.

Redécouvrir les films d’Antoine Barraud, c’est se prêter à ce jeu merveilleux où la fascination visuelle conduit et motive nos propres machinations intellectuelles, que nous trouvions ou non la vérité terrée dans ses gouffres. Et peut-être accomplir, quelque part entre le film et son cinéaste, cet aphorisme de Jean Cocteau: “Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur.”

Charles Herby-Funfschilling

Les séances